EDITO : Que faire pour demain ?

Etienne BRUNEAU

Difficile de rester insensible aux évènements qui nous touchent directement comme les inondations et la tornade que nous avons vécues. Nous qui pensions être loin de toutes ces images de désolation en provenance de contrées lointaines, elles sont chez nous aussi, bien réelles, avec leur lot de tristesses et de désespoirs. Depuis quelques années, on dirait que tout s’en mèle, COVID, inondations, sécheresse, incendies… La terre est malade, et l’on prend conscience que la quiétude dans laquelle nous avons vécu pendant des années est en train de nous échapper. Mais l’homme, s’il n’est pas bousculé dans ses habitudes, ne change pas et n’innove pas facilement. Il recherche son confort ce qui est bien normal. Là, il est en train de le perdre et rapidement. Que faire face à ce constat amer ?
Heureusement toute catastrophe génère des élans de solidarité et nous ramène à l’essentiel. C’est ensemble que nous pouvons agir, réconforter et rendre le sourire. Merci aux nombreux apiculteurs qui ont répondu à notre demande d’entraide pour les apiculteurs qui ont perdu beaucoup lors de ces évènements.

Ainsi, la situation de notre apiculture et de nos abeilles n’est pas brillante non plus. L’impact de ce climat froid et humide a réduit fortement les miellées et on va très probablement enregistrer une des plus mauvaises années apicoles vécues depuis de nombreuses années en matière de production de miel. Heureusement, côté sanitaire, on n’a pas vécu de gros dépérissements. Les données de Coloss pour l’hivernage dernier ne sont pas trop alarmantes. Naturellement, la varroase est toujours bien présente et demande une attention continue.
Hormis le climat, ce qui est le plus inquiétant aujourd’hui, c’est le marché du miel qui retrouve les prix les plus bas enregistrés depuis des années avec des échanges de miels en augmentation. Il est réellement gangrené par des mélanges de sirops qui copient les miels et restent difficiles à détecter malgré des méthodes analytiques de plus en plus sophistiquées. Il n’y a pas 36 solutions et la Slovénie qui est à la présidence de l’Union jusqu’en décembre, va s’efforcer de mettre en place des réponses, au moins en matière d’étiquetage correct des miels. C’est un des points les plus clair de son programme.
Au CARI, nous cherchons également à permettre aux apiculteurs de conserver une certaine rentabilité malgré les conditions de plus en plus changeantes. C’est ainsi que nous avons mis nos efforts récemment dans la valorisation de nos miels, ce qui leur permet de se différencier clairement des « miels » de basse qualité. Les QR codes en sont une illustration. Côté production, la grande extension du réseau de balances qui devrait permettre de couvrir près de 200 colonies très prochainement va permettre la mise en place d’un outil immédiat de suivi des miellées dans votre région et de situer votre production par rapport à celle d’autres apiculteurs.
Mais nous voyons également que le miel ne suffit plus certaines années. Il faut pouvoir se tourner vers d’autres produits tels que le pollen, la propolis ou la gelée royale. Naturellement, on ne peut pas tout faire mais si l’on veut garantir une part de ses revenus, ces produits peuvent constituer des apports tout aussi importants que ceux du miel.
Un nouveau Focus sera organisé dès le mois d’octobre sur la diversification, pour vous donner les clés nécessaires pour produire correctement ces produits peu récoltés. De plus, pour les personnes qui en produisent déjà, notre laboratoire vient de mettre au point une série d’analyses permettant d’évaluer la qualité de votre production de pollen et de propolis. Vous pourrez ainsi profiter de ces analyses dès cette saison. Elles vous indiqueront la qualité de votre production. Sur cette base, vous pourrez mieux évaluer ce qu’il est possible de développer à votre niveau.
Orianne Rollin, qui a rejoint notre équipe début juillet, pourra également vous donner des conseils sur le terrain tant en matière d’installation des balances que de récolte des autres produits de la ruche, mais également de protection de vos colonies contre le frelon (peu présent cette année vu ce printemps pourri).

Beaucoup de nouvelles comme vous pouvez le constater. Espérons qu’elles puissent vous aider à construire avec nous un avenir plus serein et solidaire. C’est en tous cas notre objectif.