EDITO : 2021, tourné vers l’avenir

Etienne BRUNEAU

Cette année est particulière car les apiculteurs doivent définir le contenu de leur plan stratégique pour les dix prochaines années. Il en va de même du contenu du futur programme européen de soutien à l’apiculture qui prendra place entre 2022 et 2027 dans le cadre de la politique agricole commune. Le centre pilote mieux connu sous le nom de projet Bee Wallonie doit également faire l’objet d’un renouvellement. Enfin, on parle d’un plan pollinisateurs au niveau de la Région wallonne qui devrait venir compléter rapidement le plan fédéral mis en place l’an dernier.
En cette période particulièrement perturbée que ce soit par le COVID ou les aléas climatiques, rien ne semble facile. La question est pourtant simple : vers quoi veut-on conduire notre apiculture ? Comment peut-on agir le plus efficacement possible avec les moyens qui sont mis à notre disposition ? Comment intégrer au mieux notre apiculture dans le monde de demain ?
Osons rêver à un monde meilleur dans lequel les abeilles seront reconnues et respectées comme des partenaires importantes de notre agriculture, et, aux côtés des autres pollinisateurs, une des clés de voûte de la biodiversité. Un monde où l’on comprend les réels besoins des abeilles et où les apiculteurs pourront plus que jamais travailler en parfaite synergie et harmonie avec elles en veillant à leur bien-être. Ils aideraient leurs colonies à traverser au mieux les aléas environnementaux et, en échange, elles leur offriraient le surplus de miel et autres produits précieux. Un monde où l’on prendra conscience des réelles valeurs et qualités nutritionnelles et médicinales des produits de la ruche et où on leur portera l’attention et le respect qu’ils méritent…
Tout cela me fait penser à ce que disait Ralf Büchler, responsable du projet EurBest sur l’élevage lors de la conférence de clôture du projet « Au début, on ne savait pas trop comment faire et si l’on arriverait à mettre en place ce projet important demandé par la Commission ». Le projet n’a pu prendre forme que parce qu’ils ont tout fait pour associer un maximum de personnes et qu’ils sont partis sur des bases scientifiques. Ils ont pu avancer pas à pas et défricher ce terrain pour la première fois. Les résultats sont là : bilan de la situation de l’élevage en UE, importance de l’environnement et de la génétique sur bon nombre de critères d’élevage, prise en compte indispensable de la biodiversité dans les plans d’élevage (ce qui complexifie fortement ce qui se fait habituellement), travail de sélection à l’échelle locale mais sur base de critères internationaux et en inter-relation avec les autres centres d’élevage. Comme il le dit, « En fin de projet, on a l’impression de n’être qu’au début d’une nouvelle histoire ». Il est vrai qu’en élevage, rien n’est jamais acquis et les techniques d’évaluation des colonies évoluent rapidement (par ex. les marqueurs génétiques n’en sont qu’à leurs débuts) on ne doit pas aller trop vite mais il faut partager et s’informer. Ralf Büchler fait également remarquer que les mécanismes de tolérance mis en place par des colonies naturelles sont essentiels car ils constituent une source d’information très importante pour le futur des critères d’élevage.
Aujourd’hui, après la varroase, c’est la résilience aux évènements climatiques qui interpelle le plus les apiculteurs et les éleveurs européens. Il est vrai qu’une fois encore ce printemps n’est pas normal avec la période de chaleur excessive suivie d’un épisode de froid parfois intense dans l’est et le sud de l’Europe.

Les mots autour desquels devrait se placer le développement de l’apiculture sont là : bien-être, qualité, biodiversité, résilience tout en n’oubliant pas que l’apiculture est un élevage et qu’à ce titre les notions d’économie ne doivent pas pour autant être oubliées même si la grande majorité des apiculteurs belges et européens ne sont pas des professionnels. Il ne faut pas oublier non plus que tout ne pourra se faire qu’en inter-relation avec l’ensemble de l’apiculture internationale européenne et même mondiale sur base de la science en pleine évolution.